448p. - 120F

Table des matières de l'ouvrage

Notes liminaires

Autres notes sur le lyrisme

"Le lyrisme est le développement d'une exclamation"

Paul Valéry


"Ses caresses les plus authentiques étaient d'une vénalité escaladante, qui montait jusqu'au lyrisme"

Léon Bloy, Le Désespéré, 1886


"La génération de 1885... a rêvé, voulu : elle aura posé comme un vol, au faîte de la cathédrale délicate et vaste enracinée dès sept siècles dans la plaine de France, cette flèche nécessaire et symbolique : le lyrisme "

Francis Viellé-Griffin, « Où nous en sommes », 1905.


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« On peut hardiment avancer d'ailleurs que jusqu'à Verlaine le véritable lyrisme sentimental ne fût point, pour ainsi dire, connu en France. »

Robert de Souza, La poésie populaire et le lyrisme sentimental, 1899.


du lyrisme 

essai critique paru en mars 2000 aux éditions José Corti, dans la collection "en lisant en écrivant (448 pages, 120F)


Préface de l'ouvrage

A l'origine de ce volume est un essai, La voix d'Orphée, publié sous cette même couverture en 1989, et auquel j'ai récemment souhaité apporter quelques modifications en vue de sa réédition.

Jugeant utile de le nourrir d'un plus grand nombre d'informations concrètes, susceptibles de servir l'entente de la notion de lyrisme, à un moment où celle-ci est l'objet d'un certain regain d'intérêt, j'ai ajouté au texte initial plusieurs nouveaux chapitres : sur l'histoire du néologisme, l'ode, l'élégie, l'inspiration, la voix... Ces ajouts furent bientôt tels que le texte initial doubla de volume : un nouveau livre voit ainsi le jour...

Lorsque parut La voix d'Orphée, rares étaient alors ceux qui accordaient quelque attention à la notion de lyrisme. La situation a changé. J'en veux pour preuve le retour insistant de ce mot, depuis quelques années, sous diverses formes, dans des essais critiques importants : Habiter en poète de Jean-Claude Pinson (Champ vallon, 1995), Figures du sujet lyrique, sous la direction de Dominique Rabaté (P.U.F, 1996), L'amour du nom de Martine Broda (Corti, 1997)...

Moins formalistes que leurs aînés immédiats, une nouvelle génération de poètes, nés pour la plupart dans les années cinquante, sont par ailleurs venus donner quelque crédit, au cours de ces deux dernières décennies, à ce que l'on a parfois appelé « un nouveau lyrisme ».

Quel est le sens de ce « retour » ? Certains ne veulent y voir qu'une régression. Un oubli des avancées critiques de la modernité. Un abandon complaisant à l'effusion subjective, en un temps dit « postmoderne » de complète désorientation théorique... C'est négliger l'essentiel : le renouveau d'une poésie de la voix, moins fascinée par le processus de l'écriture même que désireuse d'une adresse à autrui, aussi bien que d'une nouvelle articulation à toute forme d'altérité. Si lyrisme nouveau il y a, c'est dans l'intervalle entre le propre et le semblable qu'il vient s'établir, étroitement noué à la reformulation contemporaine de la question de l'identité.

Ce « retour » du lyrisme ne suffit cependant pas à rendre crédible sur le plan critique une notion qui demeure foncièrement confuse, depuis toujours partagée entre des valeurs contradictoires. Peut-être même est-ce une tâche vaine que de s'appliquer à mieux la cerner. Il semble qu'elle touche de trop près à l'existence affective du sujet et à ses abus de langage. Le lyrisme joue avec le feu, pourrait-on dire, et outrepasse parfois des limites que l'on sait dangereuses. Mais par là il lance un défi : c'est la part la plus obscure du processus de la création poétique, et peut-être de notre rapport intime à la langue, qu'il invite à examiner. S'intéressent au lyrisme, à leur corps défendant, ceux qui en connaissent les menaces autant que l'énergie et la beauté.

Ecrire sur le lyrisme, sans doute est-ce donc osciller sans cesse entre l'adhésion et le refus. Gagné tantôt par la ferveur, tantôt par le soupçon. Tantôt convaincu, tantôt irrité. Et c'est risquer à tout moment de s'y laisser aller soi-même... Pour résister autant que possible à de telles sautes d'humeur, je me suis surtout attaché à lester cet ouvrage de citations nouvelles et de descriptions historiques, souhaitant simplement contribuer ainsi à enrichir la compréhension d'une notion dont il appartient en définitive à chacun de se faire sa propre idée.

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Un mot toutefois, puisqu'un débat aujourd'hui se poursuit à propos de la poésie, du lyrisme, et de leur rapport au réel. Un mot pour faire le point:

La poésie s'occupe d'autre chose, que le réel étrangle, et auquel elle veut rendre voix. Cet « autre chose » palpite en elle, dût-elle finir par en reconnaître l'impossibilité . Loin de fuir vers l'Azur, d'entretenir la nostalgie des dieux, ou de se complaire parmi les songes et les mensonges, elle cherche, elle examine, elle proteste, elle réclame, elle cite toutes choses à comparaître dans la langue qu'elle travaille. L'instinct lyrique mobilise cet effort qui en elle vise à articuler le dedans et le dehors, le réel et le subjectif, ou le possible et l'impossible. De cela, elle prend la mesure, et se garde bien de conclure.

Le poète marche sur un fil, quelques mètres au-dessus du sol (assez pour se rompre le cou d'un faux-pas), dans l'entre-deux qui en fin de compte est le nôtre, entre ciel et terre, puisque nous ne sommes ni des oiseaux ni des plantes... Lyrique, il prend le risque de la chute, ou simplement du ridicule. Il aspire toujours à l'envol, même si cette marche funambule sur la corde mince de ses phrases est désormais l'ultime espèce d'allègement dont il soit capable.

J'appelle aujourd'hui lyrisme cette en allée qui ne s'en va à proprement parler nulle part, mais durant laquelle le marcheur connaît avec exactitude son poids et son vertige.

Montainville, le 20 octobre 1999.


à lire à propos du lyrisme :