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Les cent mots


Les cent mots de la poésie


collection Que sais-je? - mars 2018

par Jean-Michel Maulpoix

(en librairie le 7 mars 2018)
128 pages - 9 euros








Avant-propos


Ce volume ne constitue ni un lexique idéal ni un dictionnaire abrégé de poétique. J'y ai simplement retenu quelques-uns des termes autour desquels s'organise mon entente de la poésie. C'est donc à travers le filtre d'un choix subjectif qu'une approche critique est ici proposée. Irréductible à une définition simple, la poésie incite à réunir autour d’elle une constellation de mots qui l'éclairent par facettes. Il y a là des verbes qui disent les gestes d'un travail (couper, lier) et d'autres qui désignent des mouvements du corps et de la pensée (se retourner, s'en aller). Il y a des substantifs qui marquent l'étendue d'un champ d'expérience (chair, terre, mémoire, désir), d'un espace préféré (paysage, jardin), ou d'objets (fenêtre, fontaine), ou d'états (fureur, mélancolie, douceur) et de formes (alexandrin, ode, fragment)… Il y a même des pronoms (je et tu) : c'est ainsi l'expérience humaine qui défile au gré de l'ordre alphabétique et déborde des livres. Peut-être est-cela même qu'il faut retenir de ce modeste lexique : la poésie est moins faite pour aboutir à un beau livre que pour nous rendre à la vie même.

Deux siècles après que s'est éteinte la visée messianique d'un romantisme volontiers donneur de leçons, la question de la fonction puis de l'enjeu et de la valeur de la poésie demeure. Si l'édification des hommes n'est pas son but, non plus que la projection d'un monde nouveau, il lui incombe toujours de cadastrer le séjour humain : le parcourir et l'arpenter, en mesurer l'étendue et en tracer le périmètre, en dénombrer attentivement les composantes et en placer les bornes à leur juste place... Attentivement penchée sur la langue, la poésie prend soin de la forme du monde et de l'état de la pensée. Une fois quitté cet « âge des poètes » que fut le romantisme, la position du poète n'est plus surplombante et il devient cet « homme des foules » que considérait déjà Baudelaire : ni mage, ni prophète, immergé dans son temps, souffrant en lui, douloureusement affecté par toutes les grimaces de la face humaine.

Jean-Michel Maulpoix